29 avril 2008
Jean Louis Murat Tristan les Inrocks
Un jour, Murat ne fera plus de disques ; il ne postera même plus de chansons sur le net. Ce jour là, on s’apercevra à quel point on aimait ses livraisons bisannuelles, ses chansons sans prétention sitôt nées sitôt enregistrées dans son studio-tannière au milieu des volcans endormis. Et puis on relira l’ensemble de l’œuvre. Arrivé à Tristan, on en aura encore le souffle coupé, l’épine dorsale tressaillie. Et on hurlera au génie de Millevaches. L’histoire de Murat, on la racontera alors aux prosélytes en prenant ce vingt-quatrième album comme la pierre angulaire du répertoire. On célèbrera l’audace du dernier héritier des trouvères (Tel est pris, La légende dorée…), le cabotinage classieux de l’ultime desperado d’une country bluesée à la française (Les voyageurs perdus). La légende parlera de ce mec tout seul, jouant de tous les instruments, refilant ses maladies d’amour aux cordes qu’il gratte, aux cuivres qu’il expire et aux peaux qu’il caresse. Pour l’affaire, il aura mené un dernier duel avec son saxo, sa première muse à la gorge grave qu’il avait abandonnée depuis des caisses pour en tirer de vieux vagissements séminaux dans la plus grande élégance roxymusicienne (Marlène). Ces onze chansons resteront à vie comme celles qu’il a réalisées en solitaire, en osant enfin tout faire lui-même, devant le miroir, comme la première œuvre de son apogée, la dernière avant une inexorable suite de répétition de lui-même.
Et puis il y aura cette poésie, que l’on comparera aux acrobaties de Ronsard bien plus qu’au romantisme trash de Baudelaire : un indélébile savoir-vivre de la langue, en prolongement filial avec la courtoisie des auteurs baladins des XIVe et XVe siècles, qui aura propulsé Murat dans les paragraphes entiers des manuels de français pour la préparation du bac : « Tristan est un Sancy de tristesse. Il ne s’entend bien que si on pense comme moi que Dieu est une femme »…
Ce jour là nous serons en 2050 et Murat aura presque un siècle. Ultime coquetterie de râleur éternel : il dira dans ses rares interviews qu’il prépare un disque en occitan, pour boucler la boucle de sa colossale odyssée et enfin gagner son fauteuil au paradis des troubadours. Et comme d’habitude, on le prendra pour un dingue... Un dingue avec plus de mille ans d’histoire de la chanson dans ses veines et plus de cent disques au compteur.
Marc Besse, les inrockuptibles.
Au bénitier de miel
Où je porte mon feu
Va ma plaie dans la tienne
Je m’y brûle les yeux
Viens ma Louve d’orage
Viens prendre ma raison…
Jean Louis Murat, La légende dorée.
Commentaires
Merci!
Merci pour avoir éditer cette magnifique chronique... Je me suis permis d'en faire un copier - coller sur mon groupe " Jean-Louis Murat " sur facebook... Bonne continuation :)
Y a pas de problème, je suis pour la promotion de la chanson française de qualité !
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=259933&pid=9003621
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :















